Scotch - Chapitre 2

 
 
 
         - Le chauffeur viendra te chercher à dix-sept heures, devant le portail.
- Oui, Charles.
-...Marie.
- Oui, père.

Un soupire. J'aimerais bien soupirer aussi, soupirer tout l'air de mes poumons et m'envoler comme l'oiseau que j'observe partir au loin. Qui sait, avec un peu de chance, je serais enfin capable de voir ce paysage que l'on appelle Liberté. Le corbeau n'est plus qu'une tâche dans l'horizon, il ne s'est pas retourné une seule fois– Les oiseaux pouvaient-ils seulement le faire ? - et il en n'a sûrement pas eu l'envie. Le devant est une libération, se retourner signifie s'attarder sur un passé. J'étais un autre Blu, je recherchais également ce que j'avais perdu mais je savais pertinemment que c'était impossible. Ma mère ne me serait jamais rendue, je ne pouvais qu'avancer en regardant un ½il sur elle, vers cette étoile perdue dans le ciel.
 
Si j'avais pu être un oiseau, j'aurais choisi, contrairement à l'hirondelle, un perroquet. Mes ailes colorées m'auraient portée à travers la forêt tropicale, vivant selon le rythme des saisons. J'aurais été bleu, comme Blu, mais pas captif, jamais. Je tiendrai à ma liberté, à ce sentiment d'autonomie parfaite, d'aisance idyllique, d'évasion constante. J'aurais été majestueux, ne faisant qu'un avec le ciel, pas comme cet enquiquineur de moineau qui se fondait parfaitement dans la masse grisâtre et brunâtre qu'est la jungle urbaine.
 
Le feu passe au vert, la voiture démarre, m'emmenant vers une destination inconnue. La matinée n'est pas assez entamée pour que j'aie l'espoir de lire certains panneaux, je sais seulement qu'une fois là-bas, ça sera moi face à elle, ma nouvelle école publique. Et oui, malgré que Papounet soit trop riche, trop arrogant pour envoyer sa fifille dans une école publique, Cruella a été assez convaincante pour ne pas m'envoyer dépenser des milliers de dollars. Fini les « Tiens-toi droite », les « Mademoiselle Wriat, surveillez votre langage » et tous ces avertissements de ma professeure de bonne conduite, fini, à la poubelle. Une fois arrivée, Mademoiselle Wriat va s'avachir sur le premier bureau venu, elle va courber le dos et peut-être même ne pas se mettre un premier rang. J'espère que tous les descendants de cette famille bornée se retourneront dans leur tombe devant mon affront au code féminin. Hâte d'y être. Que j'ai hâte.


Bludie
 
        - Fais attention à toi, ma chérie. Si l'un d'eux te bouscule, il tâtera de notre avocat, sois-en assurée.
Après le traditionnel câlin dans lequel ni mon père, ni moi ne nous touchons, je m'éloigne sans un mot vers le portail. Je déteste ces moments, prendre mon père dans mes bras me donne un goût acide au fond de la gorge car Cruella y dort tous les soirs.


J'entends la porte de notre BMW claquer mais elle ne repart pas immédiatement. Mon père a la manie de m'observer partir avant de lui-même partir, on se croirait dans une série américaine où le père rempli de fierté regarde partir sa progéniture adorée aller conquérir le monde. Dans ma série, mon père ne me fait pas confiance et doit s'assurer que je prends bien le chemin du lycée et pas celui du café le plus proche. Après m'être faite découverte après le couvre-feu au Starbucks, Cruella a eu la gentillesse de prévenir môsieur le roi que princesse Fiona n'était pas dans sa haute tour, ce qui m'a valu un mois entier de punition, donc un mois de leçon de conduite et deux semaines sans carte bancaire. Mon absence de carte ne m'a pas touchée, le « Je vais rajouter un dictionnaire » oui. Promis, j'irais fleurir les tombes de Satanas & Co avec des dictionnaires, histoire qu'ils voient le poids d'un Larousse sur les épaules.
 
La voiture part enfin. J'attends de ne plus l'entendre pour dégonfler les épaules, si ça continue, mes épaules garderont cette forme cintrée horrible. Je passe mon sac vide à gauche, la moins douloureuse des deux et repart vers la porte principale avec une démarche moins contrôlée, plus libre. Plus j'approche, plus je me fond dans la masse, j'entends des discussions normales, normales enfin. « On va manger où après ? / Le MacDo ça te dit ? J'suis fauché. » Ça me branche totalement, je goûterais enfin autre chose que ces tartares, huîtres, caviars et j'en passe. Fini la gastronomie, les portions minuscules et l'eau plate, place au fast-food.
J'avance encore, deux filles se prennent dans les bras, criant des « Tu m'a manqué ! / Toi aussi ! », voilà à quoi devrait ressembler un câlin. Est-ce que, avec un peu de chance, quelqu'un va me dire des choses telles que «  Tu m'as manqué » ou « Ça fait du bien de te revoir » ? Peut-être, qui sait.



Roosevelt High School sera mon nouveau lycée, un vague souvenir du président américain me fait savoir à quel point Papounet n'a pas voulu m'inscrire n'importe où. J'entre et lis sur le tableau de bienvenue : PRIDE : Passion, Respect, Intergrity, Determination, Excellence”, ça promet. Respect ? Mon père devrait définitivement suivre ces cours-ci, ma mère en avait mérité, du respect. Autour de ce tableau est placé un groupe de personnes, des élèves si j'en crois leur badge, tout sourire.
 
L'un d'entre eux s'approche de moi, souriant déjà comme si j'étais une vieille amie.
    - Bienvenue au lycée Roosevelt, nouvelle tête ! Je suis Jean, dernière année.
    - Marie Wriat, je réponds sentant mes lèvres s'étirer devant cette boule d'énergie que semble être mon senior. Troisième année.
    - Enchanté Marie ! Il me prends soudainement dans ses bras, est-ce une manie de se prendre sans cesse dans les bras dans cette école  ? Est-ce que t'aurais b'soin d'aide pour te repérer dans notre fabuleux lycée ?
 
Jean est beau, grand et souriant. L'archétype du senior intelligent, attentionné et - je devine - certainement populaire. Je secoue positivement la tête, soulagée de m'être rapprochée aussi vite de quelqu'un de cette école. Je ne serais pas totalement seule, ou du moins pas pour les dix prochaines minutes.
 
Bludie
  
C'est avec son numéro gribouillé sur un post-it que Jean me laisse devant ma première salle de cours. « Appelle-moi si tu te perds », je souris en le remerciant timidement. Le stress monte, je suis devant la porte qui m'ouvrira à un nouveau monde. Rappelles-toi Marie, pas le premier rang, relax tes épaules, souris mais pas comme une idiote mais surtout, n'ouvre pas ta bouche.
    - T'entres ou ça se passe comment ?, fait une voix féminine dans mon dos, me faisant sursauter.
    - D-Désolée...J'ouvre la porte et avance rapidement, la laissant passer.
       
Le brouhaha de la classe s'atténue, me suis-je déjà faite repérée ? J'avance, les jambes serrées vers une place vide à partir du deuxième rang. Malgré que j'aie les yeux baissés, j'entends des chuchotements « Tu l'as connais elle ? / Jamais vu » ou encore « On a encore le cas social dans notre classe, génial » Moi, un cas social ? Je relève la tête, vexée. Alors que je m'apprêtais à répliquer, je découvre que la remarque ne m'était pas destinée, elle était pour la fille derrière moi. Je la cherche des yeux discrètement et 

woaw.

C'est une punk, une très jolie punk. Son look tuerait probablement sur le coup ma prof de bonne conduite tant il est excentrique : Un mélange entre les Docs Martins bleues comme la nuit, les jeans troués, la veste en cuire et les piercings. Je devais définitivement l'emmener avec moi, lors de ma visite au cimetière. La superbe blonde maquillée telle une pro portait une dizaine de piercings, surtout à des endroits horriblement sensibles. D'où je suis, je ne parviens pas à tous les voir mais j'en vois beaucoup sur ses oreilles - dedans aussi ? -, un anneau épais argenté entre ses narines et, à ce que je vois, une boule dans la joue. C'est une vue effrayante mais absolument superbe.
 
En trois mots : mon contraire absolu. J'ai horreur de la douleur, elle ne semble pas y faire attention ; je suis introvertie et elle, extravertie au possible ; elle a de l'assurance, moi non mais surtout, elle semble libre.

Sans que je ne puisse la lâcher des yeux, le brouhaha reprends. Les discussions reprennent, ils m'ont oublié aussi vite que je suis arrivée, c'est peut-être bien d'ailleurs. Deux filles assises côte à côte, une blonde trop maquillée et une rousse avec un chignon gigantesque sur la tête, très jolies, chuchotent en regardant certains garçons entassés dans le fond de la classe. « Lequel cette fois ? », okay je vois le genre. Mais bon, la rousse semble différente de la blonde, elle dégage quelque chose de plus rassurant, plus...amical. Marie, ne juge pas, oublie pas, tu n'es pas sur ton territoire de princesse pourrie gâtée. Je n'ai pas eu assez d'amies pour me permettre de faire la difficile donc je détourne le regard, leur laissant une intimité que j'ai probablement violée en les écoutant bêtement.

De l'autre côté, à droite, un «  n'empêche, elle est canon... » me parvient à l'oreille, dit suffisamment fort pour que je puisse l'entendre. Ici je ne fais rien de mal, j'entends, je n'écoute pas. Curieuse, je découvre un garçon regarder dans ma direction, pris sur le coup vu l'expression paniquée qu'il a et ses joues qui rougissent à vue d'½il. Serait-ce pour moi.. ? Je souris faiblement, flattée. Sourire qui semble l'atteindre vu qu'il baisse rapidement la tête, comme honteux. Il est plutôt mignon. 

Soudain, j'entends un prénom qui semble coller à la mystérieuse punk. Ce n'est pas une Éléonore, ni une Diane, mais une Sarah. Un prénom qui a du potentiel, un prénom qui pourrait raconter la difficulté de la traversée du désert du Sahara, la chaleur et la sécheresse qu'un voyageur doit braver sous quarante degrés de soleil aride. La blondeur de ses cheveux est diamétralement opposée au doux blé des champs de culture, cette blondeur-ci raconte autre chose, elle semble fausse colorée, teinte. Le genre de blond que l'on se fait sur un coup de tête, après avoir eu les cheveux d'un brun ennuyant pendant des années, l'inverse de mon blond à moi, un vestige de mes années de prison familiale, douloureusement sentimental. Son regard est comme celui de cet oiseau que j'ai vu au loin, dirigé vers l'avant, fier et déterminé. Elle est nonchalante mais intéressée, comme si elle contrôlait ce qui l'entoure, telle une araignée devant sa toile. La liberté s'échappa de partout, j'en prenais plein la vue. 

J'avais peut-être trouvé le premier prénom pour ma liberté, elle serait une Sarah, une Sarah blonde comme le désert, juste sous mes yeux, mais inatteignable, comme le haut de cet arbre que mon perroquet visait de toutes ses maigres forces. 

     - Pourquoi tu me regardes comme ça au juste ?, fait une voix qui balaya mes pensées comme une tornade de           sable, me laissant profondément surprise de la voir devant moi alors que je ne l'avais même pas vu bouger. 
     - Je...bredouillai-je, prise au dépourvu,...euh...
     - Tu as quelque chose contre moi ? Fait-elle durement, presque agressive. 
     - Non...Bien sûr que non. Continuai-je en rassemblant ma tête, tu...enfin tu...
     - Je ? Répète la blonde, les sourcils arqués. 
     - Tu viendrais prendre un café plus tard ? 

Un silence se fait. Je ne voulais plus rester seule dan mon coin, discrète, je ne voulais plus ne plus oser, je voulais la connaître, aujourd'hui. Elle commence à rire, surprise aussi. Elle m'observe attentivement et sans savoir quoi faire, je souris timidement, le stress me faisant appréhender difficilement sa réponse. Elle s'approche de mon oreille, sans faire attention au reste de la classe qui semble prêt à crier sous le choc, et murmure à mon oreille : 


« On ne m'avait jamais dragué aussi vite et surtout dans une salle de classe, mais d'accord, va pour un café. » 

 

Histoire de préparer les prochains chapitres : 

Que penser de la relation père-fille, semble-t-elle perdue à jamais ? 
Que penser de Jean, le senior qui semble un peu trop parfait ? 
Est-ce que le garçon timide parlait-il réellement à Marie ou s'agissait-il juste de la gêne d'avoir été entendu par une inconnue ? 
Et Sarah, semblait-elle aussi sauvage que Marie l'imaginait ?
Sera-t-elle la clé qui la libérera de sa prison ? 
 

Némo.

Tags : Scotch

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Comments :

  • darkprincess2

    08/09/2018

    J'ai vraiment trop hâte de lire la suite !!

  • Hinata1999

    18/07/2018

    Eh bien au vu de tes réponses j'ai hâte de lire la suite ! *-*

  • Potaus

    18/07/2018

    Hinata1999 wrote: "Oh. My. Gosh. c: J'aime beaucoup ce deuxième chapitre ! J'ai vraiment aimé aussi toutes tes descriptions :) elles sont très imagées et tes métaphores sont très bien faites :) Je l'aime déjà Marie :) elle ne veut pas se laisser faire par la conduite que son père essaie de lui dicter et dès son premier jour veut se faire des amies :) elle n'a pas l'air d'avoir peur de l'inconnu :)

    Sinon pour répondre à tes questions:

    La relation père-fille semble avoir connu beaucoup de souffrances et je pense qu'il y a beaucoup de non-dits mais elle pourrait être sauvée si père et fille venaient à discuter ouvertement et franchement :)

    Il a l'air sympa Jean mais c'est vrai qu'il cache peut-être quelque chose :)

    Le garçon timide parlait de Marie je pense c: sinon il est choux !

    Sarah je pense qu'elle n'est pas aussi sauvage qu'elle en a l'air et je pense que c'est possible qu'au fond elle soit tendre comme un nounours c:

    Hâte de lire la suite ! *-*
    "

    Ouf. Il te plaît !
    T'imagine pas à quel point j'ai eu des soucis avec ce chapitre, probablement parce qu'il se passe encore rien x)

    Ca me fait sourire que tu aies remarqué la langue, j'ai l'impression que ce chapitre est bien écrit, dans le sens " bien bien". Il me plaît vraiment. Ma Marie va t'en mettre plein la vue avec l'inconnu !

    Alors alors, ces questions…

    - Il est clair que M.Wriat et Mlle Wriat en ont vu des vertes et des pas mûres, reste à voir si une simple discussion pourrait régler le problème…

    - Mmh, un peu trop parfait ce Jean, voyons voir ce qu'il cache, ou peut-être pas en fait, c'est peut-être un mec juste gentil...Qui sait ?

    - Il rougit comme une tomate surtout, c'est ça qui est chou <3

    - Tu penses ? Sarah va prendre une grande place dans cette histoire, attendons de voir si c'est nounours ou un ours sauvage…

    (commentaire copié sur mon blog vu que ça fait avancer l'histoire)

  • Potaus

    18/07/2018

    UneFanToujoursLa wrote: "Génial, j'ai hâte de lire la suite *-*
    Tu vois pas besoin de te forcer écrit juste ce que tu as envie d'écrire, comme tu peux le voir ça marche =D
    "

    *-* Contente que tu aies aimé !
    C'est vrai, je pensais à toi qui attendais et je me suis dis " faut bien le faire un jour " donc j'ai commencé et s'est parti tout seul, merci de m'avoir donné un peu de courage donc ! <3

  • Hinata1999

    18/07/2018

    Oh. My. Gosh. c: J'aime beaucoup ce deuxième chapitre ! J'ai vraiment aimé aussi toutes tes descriptions :) elles sont très imagées et tes métaphores sont très bien faites :) Je l'aime déjà Marie :) elle ne veut pas se laisser faire par la conduite que son père essaie de lui dicter et dès son premier jour veut se faire des amies :) elle n'a pas l'air d'avoir peur de l'inconnu :)

    Sinon pour répondre à tes questions:

    La relation père-fille semble avoir connu beaucoup de souffrances et je pense qu'il y a beaucoup de non-dits mais elle pourrait être sauvée si père et fille venaient à discuter ouvertement et franchement :)

    Il a l'air sympa Jean mais c'est vrai qu'il cache peut-être quelque chose :)

    Le garçon timide parlait de Marie je pense c: sinon il est choux !

    Sarah je pense qu'elle n'est pas aussi sauvage qu'elle en a l'air et je pense que c'est possible qu'au fond elle soit tendre comme un nounours c:

    Hâte de lire la suite ! *-*

  • UneFanToujoursLa

    17/07/2018

    Génial, j'ai hâte de lire la suite *-*
    Tu vois pas besoin de te forcer écrit juste ce que tu as envie d'écrire, comme tu peux le voir ça marche =D

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